C’est arrivé il y’a un peu moins de dix ans… Après la victoire des footballeurs tricolores en 1998 le grand public, le regard humide des lendemains de triomphe, découvrait par l’entremise du documentaire « les yeux dans les bleus » le travail, l’importance et l’impact du « coach » et de ses « causeries ».
Les entreprises, elles, avaient déjà entrevu les bénéfices qu’elles pouvaient tirer de l’intervention de sportifs de haut niveau au sein de leur action managériale. Cette tendance encore marginale à l’époque n’a cessé dés lors de proliférer…
Aujourd’hui nombre d’athlètes connus et reconnus mènent, conjointement ou suite à leur activité physique, une carrière de consultant. Cette ingérence du monde sportif au cœur même de la « sphère entreprise » pourrait être sujet à caution. Un tel engouement est généralement accompagné du spectre d’une suspicion légitime face à tout ce qui peut de près ou de loin s’apparenter à un phénomène de mode. Sans compter que l’on pourrait arguer du fait que, sous couvert d’hypothétiques bienfaits managériaux pour leurs équipes, les instigateurs de tels procédés ne poursuivent en réalité que des objectifs de communication pure, à la fois interne et externe. Belle image que celle d’une entreprise qui, par le biais du consulting, semble intégrer dans ses cadres l’illustre homme qui a mené des athlètes vers une victoire aussi internationale qu’âprement disputée.
Mais n’en déplaise aux traqueurs de fausses bonnes idées, cette analyse critique ne tient que peu la route de l’évidence. Au-delà des similitudes évidentes, qu’elles soient sémantiques ou corporatistes, l’univers sportif, par une approche parfois plus directe et une accumulation plus empirique des tenants et aboutissants des ses enjeux, apporte bien souvent une dynamique salvatrice…
Tous les athlètes, d’où qu’ils viennent et quel que soit le sport qu’ils pratiquent, définissent des objectifs et les étapes à franchir pour les atteindre, ce qui est déjà en soi un modèle managérial. Mais celui-ci possède certaines caractéristiques qui, en l’éloignant des classiques de l’entreprise, imposent une approche différente.
Le sportif de haut niveau et son entourage sont par exemple peu ou pas préoccupés par l’analyse des causes « historiques » des difficultés rencontrées mais plus par une approche claire et précise des symptômes et par la mise en place de solutions et de délais raisonnable pour y remédier. En s’éloignant de l’analytique, il se concentre sur les moyens. On imagine assez mal un journaliste demander à un joueur de tennis « quel est d’après vous l’origine de votre problème au service ? ». A contrario la sentence lucide « Je ne peux pas espérer gagner de matchs importants sans résoudre mes soucis de service » est bien plus plausible.
Le discours sportif fait également naître une dissociation importante entre « résultat » et «performance ». Le « résultat » s’exprime en terme de victoire et de défaite. Dans un autre registre, la « performance » quant à elle exclu toute notion défaite. Si l’on donne le meilleur de soi-même, si l’on est à 100%, alors on a réussi. D’apparence simpliste, pour ne par dire plus, cette approche revêt en réalité une vraie force managériale dans des moments parfois humainement délicats de la vie d’une société.
Dans cette liste non exhaustive, il aurait été également possible de citer l’image de l’athlète comme archétype de dépassement de soi-même, de constante progression. On pourrait souligner que c’est l’univers où la notion de victoire du « petit » sur le « grand » ou de « l’apparemment plus faible » sur le « manifestement plus fort » reste la plus tangible et a connu ses exemples les plus éclatants. Enfin, il resterait encore à ajouter qu’il n’est nul autre endroit où le concept de « se faire du mal pour y arriver » ne connaît de plus évidentes manifestations. Bien des notions dont les bienfaits pour l’entreprise apparaissent clairement.
Pour ces raisons et bien d’autres, le discours sportif est vecteur de performances. Mais peut être plus important encore, il réserve un place centrale à « l’humain ». De nombreux sportifs de haut niveau, lors de leur passage en entreprise, sont régulièrement effarés par le manque de considération que les cadres portent à leur santé, aussi bien physique que mental, alors qu’ils doivent pourtant gérer des carrières longues. Sans doute une piste à suivre pour investir de nouvelles zones d’échange et pour que le mariage sport et entreprise se fasse sur d’autres thématiques que celles de la performance pure…
Stéphane.